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Jules Barnard Books

Jamais avec un dragueur

Jamais avec un dragueur

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Main Tropes

  • romance sportive
  • attraction instantanée
  • nouvel adulte
  • L’ex infidèle de Gen l’a dégoûtée des hommes. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Lewis. Il pourrait être le seul homme auquel cette fille adorable ne peut pas résister.

Résumé

Mon ex infidèle m’a dégoûtée des hommes. Jusqu’à ce que Lewis arrive et me coupe le souffle et les jambes.

Je n’ai jamais reluqué les mecs. Mais Lewis est une armoire à glace d’un mètre quatre-vingt-quinze, et il est… attirant. Sexy. Un beau ténébreux dans le bon sens du terme.

Plus je passe de temps avec lui, plus des pensées cochonnes m’assaillent, et on ne peut pas dire qu’il me décourage. C’est exaspérant. Je fantasme sur lui, je le désire, et je ne me souviens même plus pourquoi je voulais rester loin de lui.

Mais Lewis trimballe un lourd passé. Un passé qui pourrait me bousiller comme aucun autre ex-petit ami ne l’a jamais fait.

Malgré toutes les raisons de ne pas m’impliquer, Lewis pourrait être le seul homme auquel je suis incapable de résister.

Découvrez le premier chapitre

Je tire sur le bustier, car je n’ai jamais porté un haut qui dévoile autant mes nénés. 

— Cet uniforme est nul.

Ma meilleure amie Cali me regarde innocemment depuis le fond du vestiaire du Blue Casino.

— Tu es ravissante dans cet uniforme. Tu devrais me remercier.

Le bon plan de l’été consiste à travailler au Blue Casino et à économiser un max d’argent avant la rentrée universitaire à l'automne. Cali prétend qu’elle ne savait pas à quoi ressemblaient les uniformes, mais c’est faux.

Elle a passé son enfance dans le voisinage des casinos du lac Tahoe. Elle aurait pu me prévenir et j’aurais choisi un autre poste, croupière par exemple. Au lieu de ça, j'ai choisi d'être serveuse au bar lounge, espérant être moins exposée à l’attention.

Étant donné que mes tétons sont à deux doigts de saluer tout le monde, tu parles d’une façon de passer incognito.

Cali essaie de me faire sortir depuis que j’ai rompu avec mon ex petit ami infidèle. Je pensais qu’elle voulait me remonter le moral, mais bon sang, là tout est dehors.

Les serveuses et les croupières envahissent le vestiaire, ouvrent les casiers, se déshabillent et enfilent les tenues propres fournies par le casino en début de chaque service. Certaines se préparent à prendre leur poste, d’autres ont fini leur journée et s’habillent pour rentrer chez elles.

La fille à côté de moi se glisse dans une robe moulante en lamé dorée et des talons aiguilles.

Il est clair que certaines ont des projets plus excitants que les miens pour la soirée. Je passe mon jean et j’enfile des mocassins noirs.

— Attrape, me prévient Cali.

Le Foot Pod, qui mesure la distance parcourue à pied, vole dans les airs.

Pendant deux secondes cette semaine, Cali a eu une envie irrésistible de faire du sport. Elle a couru cinq cents mètres et a abandonné. Apparemment, elle a décidé que c’était le bon moment d’utiliser son imprécision légendaire au lancer pour me rendre mon podomètre.

Le Foot Pod dévie de plusieurs mètres vers la droite. Je plonge et m’aplatis sur le banc, l’attrapant du bout des doigts avant qu’il ne s’écrase au sol.

Je lève les yeux, exaspérée.

— Bon sang, t'étais à au moins deux mètres. Tu me visais au moins ?

— Quoi ? Je voulais vérifier tes réflexes.

Elle ferme son casier et balance son sac besace sur l’épaule.

— Comment était ta soirée ? demande-t-elle.

Je ramasse mes affaires et ferme mon casier.

— Elles m’appellent Blanche-Neige maintenant.

Pas besoin de préciser qui est ce « elles ». Pendant que Cali a la vie luxueuse d’une croupière, job peinard et confort, je trime comme un forçat, portant un plateau chargé de boissons perchée sur des talons de dix centimètres et tout en essayant de tenir le rythme des serveuses expérimentées. Va savoir pourquoi, c’est moi qu’elles ont choisi de bizuter parmi la dizaine de nouvelles saisonnières.

Cali lève les yeux et sa bouche se tord comme si elle trouvait ce surnom pas mal.

Je baisse la voix lorsque nous croisons des collègues en remontant du vestiaire du casino. 

— Je ne ressemble pas à une princesse.

Elle pince le pouce et l’index ensemble.

— Un chouïa. Mais avec de gros seins.

J’ouvre la porte donnant à l’étage du casino et j’élève la voix pour être entendue par-dessus les sonneries et le tintamarre des machines à sous. Le volume frôle des niveaux assourdissants à cette heure de la nuit.

— Ils ne sont pas si gros. Je suis sportive. Les athlètes ne peuvent pas avoir de gros seins.

Elle me regarde d’un air sceptique.

— Tu devrais être fière de ces bébés. Comme moi. 

Elle sourit et remonte ses seins comprimés dans un push up Victoria’s Secret.

Il y a une chance que j’aie hérité ma grosse poitrine, comme dit Cali, de ma mère, qui a des pare-chocs d’enfer. J’ai peut-être aussi hérité son physique, mais ses cheveux sont plus clairs que les miens presque noirs et elle a des yeux verts. Les miens sont noisette, c’est moins voyant. J’aime bien mes yeux.

Je suis sûre que le surnom de Blanche-Neige a un rapport avec mes cheveux noirs et ma peau claire. Je suis aussi quasi certaine que les serveuses les plus anciennes pensent que je suis jeune, naïve et pas assez solide.

Je sers dix verres quand elles en servent vingt, mais c’est parce que je n’arrive pas à retrouver mes foutus clients. Ils circulent partout dans le casino comme s’ils pollinisaient les machines à sous. Je me repère aux lieux ; si les clients ne sont pas là où je les ai laissés, je suis incapable de les retrouver. Alors oui, le bizutage est en partie justifié. Mais si les autres serveuses me croient naïve, elles me connaissent mal.

Aucun enfant élevé par Chantell Dubois ne peut rester innocent. Cette femme a changé de nom pour un pseudo qui sonne comme une enseigne de bordel français, pour l’amour du ciel. Je m’appelle Geneviève, ou Gen comme disent mes amis, mais malgré l’obsession de ma mère pour tout ce qui est français, j’ai gardé son nom de jeune fille, Tierney, un patronyme cent pour cent irlandais.

Même si ma mère le souhaitait, pas une goutte de sang français ne coule dans nos veines.

En théorie, je pourrais être Française du côté de mon père, mais comme j’ignore son identité, la question ne se pose pas.

Ce que je n’ai pas dit à Cali, car c’est nul de dire ça à quelqu’un qui a des problèmes d’argent, c’est que ma mère a proposé de me payer des études supérieures. Techniquement, je n’ai pas besoin de ce job. Je refuse simplement d’accepter encore une fois l’argent de ma mère.

Elle ne travaille pas, et nous n’avons pas de famille fortunée. Je suppose qu’elle se débrouille avec l’aide de l’essaim d’hommes riches qui papillonnent dans notre vie d’aussi loin que je me souvienne. C’est pourquoi je suis déterminée à gagner ma vie pour continuer mes études et à prendre de la distance par rapport à son drôle de monde. 

Cali remarque mon expression.

— Ça craint qu’elles se foutent de toi, même si tu ressembles effectivement à Blanche-Neige.

Je fronce les sourcils, et elle m'ignore.

— Dis-leur d’aller se faire voir. Mieux, je leur dirai pour toi si tu veux. Quelle serveuse a commencé ? demande-t-elle en scrutant la salle.

Ah, merde, j’aurais mieux fait de me taire.

— Cali, ne dis rien

Elle le ferait pour moi ; Cali est géniale à ce point. 

Mais parfois, son désir de voler à mon secours m’attire des ennuis. 

— Celle qui a commencé est ma supérieure. Tu vas aggraver les choses.

Elle hausse les épaules.

— Comme tu veux.

Nous passons devant la dernière rangée de machines à sous avant le café des sports, et une serveuse avec qui j’ai bavardé pendant tout le service m’aperçoit et me fait ce grand sourire que je commence à lui associer. 

Nessa est petite, environ un mètre soixante ; les dix derniers centimètres sont gracieusement offerts par les escarpins assortis au pantalon en satin bleu nuit et bustier lamé bleu électrique de notre tenue de service. Comparée à elle, je suis une amazone d’un mètre soixante-dix-huit – plus d’un mètre quatre-vingt-deux avec les talons hauts du casino.

Je lui fais un signe de la main en passant.

— Qui c’est ? demande Cali.

— Nessa. Elle nous invite à un dîner entre amis ce soir. Tacos. Miam.

Je ne suis pas très à l’aise en présence d’inconnus, mais ce serait sympa d’avoir une autre amie en ville.

Cali secoue la tête.

— Je ne peux pas sortir, t’as oublié ? J’ai rendez-vous sur Skype avec Éric. Mais tu devrais y aller. Ça te ferait du bien de t’amuser.

Oh, mon Dieu, j’ai oublié l’appel Skype. Cali a raison de vouloir que je sorte, mais pas pour la raison qu’elle pense.

Dans le chalet que nous avons loué pour l’été, les murs sont fins. Je préfère ne pas être là pour le Skype sexe. Et le copain de Cali est sur ma liste noire. Il m’a draguée il y a quelques semaines, ce qui l’a fait passer du statut de petit-ami-distant-et-rasoir-de-ma-meilleure-copine à celui de type louche.

Si je vais au dîner de Nessa, ça fera d’une pierre deux coups. Cali pensera que je sors pour oublier mon ex, alias le C-O-N, et je n’aurais pas à me boucher les oreilles pour ne pas entendre ses gémissements faire vibrer la cloison. C’est gagnant-gagnant.

Et je n’ai aucune raison de redouter de me faire embêter par les amis de Nessa comme les clients le font au casino quand je porte mon uniforme minimaliste. C’est une soirée décontractée, sans parler du fait que j’ai des œillères dès qu’il s’agit du sexe masculin. Bref, je ne risque rien.

* * *

En garant ma berline cabossée dans le quartier d’Al Tahoe, j’admire les chalets à l’avant-toit arrondi et aux volets en pin massif. Une contrefaçon des Alpes suisses.

Le pavillon de l’ami de Nessa a même un toit à charpente en A qui descend jusqu’au sol, ce qui lui donne vraiment un look de chalet suisse. 

Je marche jusqu’au porche, où le toit à quelques centimètres de mon visage me rend claustrophobe, et lève la main pour toquer quand la porte s’ouvre. Une odeur de piment et d’huile me gifle le nez.

Nessa m’accueille avec un grand sourire, ses cheveux noirs drapés sur une épaule. 

— Je t’ai vue te garer.

Des cris retentissent derrière elle et je regarde par-dessus sa tête, parce que sa petite taille me le permet. Mes yeux se posent sur un gars avec une casquette de baseball à l’envers qui tape du poing sur une table.

Nessa me fait entrer, prend mon manteau et mon sac à main, et disparaît avec dans un couloir. Je me tords les mains et fixe le couloir où elle est partie, jetant des coups d’œil furtifs aux deux personnes de l’autre côté de la pièce.

Nessa revient une minute plus tard. 

— Qu'est-ce que je te sers à boire ? Zach a mis des Corona au frais et j’ai préparé un pichet de margarita.

Elle remue les sourcils.

La margarita me branche bien, mais je conduis. 

— De l’eau, ça serait super.

Nous allons dans la cuisine où Nessa me remplit un verre d’eau du robinet. La nourriture qui mijote sur les fourneaux me met l’eau à la bouche. Elle me tend le verre et nous rejoignons les autres.

Le gars à la casquette de baseball lève les mains en signe d’exaspération face à la jolie brune assise à côté de lui. 

— Tu appelles ça une gorgée ? Enfin, Mira. C’est une gorgée d’oisillon. Arrête de faire ta fille et bois-le comme un homme.

Quelques pièces de monnaie scintillent sur la table et un petit verre est posé au centre. 

Mon rythme cardiaque s’accélère légèrement. Le quater est l’un de mes jeux à boire préférés.

Je bois de l’alcool depuis que j’ai douze ans. Ma mère pensait que boire du vin à table me rendrait plus sociable – encore un truc en rapport avec son obsession pour les Français. C’est pourquoi j'ai une grande tolérance à l’alcool. Ajoutons à cela une bonne coordination œil-main qui ne vient pas d’elle (elle a le même lancer que Cali, c’est-à-dire nul) et vous comprendrez que je suis super forte au quater.

— Zach, dit Nessa. 

Le gars à la casquette lève les yeux et lui sourit. 

Wouah, un sourire amoureux si je lis bien, pourtant Nessa n’a jamais fait allusion à un petit ami. 

— C’est l’amie dont je vous ai parlé. Gen est serveuse au Blue pour l’été.

Je reconnais Zach, c’est l’un des croupiers de la salle de black jack. 

— Le plat qui mijote sent incroyablement bon, dis-je.

Il sourit. 

— Content que tu aies pu venir. Je te présente Mira.

La fille à côté de lui me fait un pauvre sourire et avale une gorgée de son verre.

— Ils sont Washoe, ajoute Nessa en me donnant un petit coup de coude. Mira et Zach sont des potes de toujours. Leurs familles se connaissent depuis une bonne centaine de générations.

Zach ajuste sa casquette et se gratte le front, ses épais cheveux bruns s’échappent par le trou qui se retrouve à l’avant. 

— Pourquoi tu précises toujours qu’on est Washoe ?

— Parce que c’est intéressant.

Nessa le pousse gentiment avant de retourner dans la cuisine.

Il secoue la tête en direction de sa silhouette qui s’éloigne, mais une lueur amusée brille dans ses yeux.

Zach vide la coupelle. 

— Joue avec nous, Gen. Tu sais jouer au quater ?

— Oui, mais je conduis. Ça vous ennuie si je ne bois pas ?

— Non. Tu m’aideras à saouler Mira. Elle n’est pas sympa tant qu’elle n’a pas un petit coup dans le nez.

Son commentaire lui vaut une grimace de Mira, qui ressemble à une charmante moue, car cette fille est d’une beauté à couper le souffle. Ses cheveux couleur chocolat noir lui tombent au milieu du dos et s’effilent autour d’un visage qui n’est pas tout à fait en forme de cœur, mais pas ovale non plus. Un visage symétrique fascinant, et je suis carrément jalouse de ses pommettes saillantes.

Je m’assieds sur une des chaises en bois style grand-mère, et Zach fait glisser une pièce vers moi. La tenant entre le pouce et l’index, je me concentre sur le verre au centre de la table. J’ajuste mon tir et je frappe la surface en bois lisse de la tranche de la main.

La pièce rebondit sur la table et saute dans le verre vide.

— Joli ! On a affaire à une championne, dit-il ravi à Mira.

À l’université, nous utilisions un grand gobelet pour rentrer un maximum de pièces, et donc saouler les autres le plus vite possible. Le petit verre respectable au centre de la table de Zach est raffiné. Je me sens soudain très adulte.

Il me tend une autre pièce et je prépare mon lancer. 

— Donc vous êtes Washoe ? Amérindiens ?

La pièce atterrit aussi dans le verre, et je fais signe à Mira de boire.

Elle me lance un regard qui me brûle les cornées. Comment une fille si jolie peut-elle avoir l’œil aussi noir ? J’espère que Zach a raison quand il dit que l’alcool la rend sympa.

Il opine.

— On fait tous partie de la tribu locale des Washoe, y compris Lewis, qui est à la bourre. Mira est la seule à avoir du sang pur. Ses parents viennent tous les deux de la réserve de Dresslerville. Même si je suis sûr qu’à un moment donné, une ancêtre de Mira a fauté avec un étranger. 

Il fait un clin d’œil à Mira qui lève les yeux au ciel.

— N’empêche que t’aimerais bien être un Washoe pure souche, le nargue-t-elle.

Zach me regarde en secouant la tête comme pour dire : tu vois ce que j’endure ?

Il fronce les sourcils en direction du verre de margarita intact dans la main de Mira. 

— Si Gen réussit les trois prochains tirs d’affilée, tu vides ton verre.

Ses yeux s’étrécissent.

— Disons cinq.

Cinq ? Un jeu d’enfant. 

Mira est incroyablement belle. Elle éclipse toutes les autres filles quand elle est dans une pièce. Ce serait une copine idéale pour sortir vu que ma seule envie depuis ma rupture est de fuir les hommes. Mais merde, il faudrait qu’elle apprenne à sourire.

— Lewis est un bourreau de travail, soupire Mira. Je n’arrive pas à croire qu’il ne soit pas encore là.

La première des cinq pièces atterrit dans le verre. Yes !

Zach regarde l’heure sur son téléphone.

— Il va arriver. 

Bing. 

La pièce numéro deux fait mouche. Plus que trois. 

— En général, il part du bureau à cette heure.

Mon record au quater est une série de dix-sept pièces, et j’étais à moitié ivre ce soir-là. Je frappe du poing sur la table, et la troisième pièce tombe dans le verre. Je commence tout juste à m’échauffer.

Mira foudroie Zach du regard. 

— Ce n’est pas drôle. Il a promis qu’il serait là.

Est-ce qu'elle est en train de bouder ? Lewis doit être le petit ami de Mira – et la numéro quatre atterrit dans le verre vide.

— Son père doit être content, dit Zach, puis il me regarde et je fais une pause avant de lancer l’ultime pièce. Lewis travaille pour l’entreprise de construction de son père. Il la dirige pratiquement depuis qu’il est revenu en ville.

Je lève la main pour le lancer final, mais le grincement de la porte d’entrée attire mon attention. Un type presque aussi grand que le montant de la porte entre dans le chalet.

— Quand on parle du loup, dit Zach. Gen, je te présente Lewis.

Pendant une fraction de seconde, je perds tous mes moyens.

Lewis referme la porte. Ses épaules musclées tendent le tissu de sa chemise à carreaux, aux manches roulées jusqu’aux coudes. L’ourlet de la chemise sort d’un côté, comme s’il l’avait rentrée à la hâte dans son jean. Il a des pommettes hautes, une mâchoire carrée et des cheveux châtain foncé dans lesquels il doit souvent passer les doigts. 

Il est plus que beau. Il est saisissant. Du genre, à vous couper le souffle.

Mes sourcils se pincent, ma bouche s’avance en moue. Qu’est-ce qui me prend ? Il y a des mois que j’ai cessé de regarder les hommes. Après avoir décidé qu’il valait mieux les éviter.

Mira sourit à pleines dents lorsque Lewis entre dans la pièce, et je me secoue mentalement. Je saisis la dernière pièce, frappe sur la table et la regarde s’envoler vers la cible.

La pièce roule sur le bord du verre et tombe sur la table. 

Je la regarde avec incrédulité. Merde.

Quand je lève les yeux, Lewis m’observe, les sourcils froncés dans des proportions infinitésimales. Son regard descend ; je ne respire plus. Je suis assise et il ne voit pas grand-chose, vu que je porte un chemisier blanc dont j'ai laissé quelques boutons ouverts, mais mon rythme cardiaque augmente.

C’est bizarre. Mon réflexe naturel consiste à courber les épaules et me faire minuscule quand on m’observe.

Les yeux de Lewis sondent les miens ; ils sont noirs et profonds comme le lac Tahoe. Mon visage s’échauffe et soudain mon cœur s’affole et tambourine dans ma poitrine.

C’est quoi ce truc ? J’ai évité les mecs pendant des semaines. D’accord, il est beau, mais beaucoup d’hommes le sont aussi.

— Hé, Lewis, appelle Zach. Quater sur le pont. Gen, ici, nous met une branlée. Un peu plus et ta copine était obligée d’avaler son verre.

Les yeux de Lewis s’envolent vers Mira, puis se reposent sur moi.

Zach a dit que Mira est la copine de Lewis. Donc ils sont ensemble. Je ne m’approcherai jamais de lui, même si l’idée me tentait, ce qui n’est pas le cas.

Je roule une pièce entre mes doigts, touche du pouce une entaille du bois, jette un coup d’œil à Nessa dans la cuisine… Bref, je me distrais comme je peux, mais Lewis s’approche de moi. Je m’en sors bien, jusqu’à ce qu’il lève un bras et se passe les doigts dans les cheveux.

Mon regard reste accroché aux veines des muscles qui apparaissent sous la manche retroussée de sa chemise.

J’hallucine. Je mate les bras de ce mec maintenant ?

J’ai dû lorgner trop longtemps, car lorsque je regarde son visage, il m’observe en train de l’observer.

C’est énervant ce pouls qui bat dans mes oreilles, car il assourdit les sons et m’enflamme les joues. Je tousse dans mon coude pour cacher mon visage. 

Rouge, nerveuse ; je n’aime pas cette sensation, comme si mon cœur allait se sortir de ma poitrine – ou lui sauter à la figure. Je ferais mieux de partir. Je me sens mal. Mais je ne peux pas me barrer si tôt. Nous n’avons même pas dîné.

Mira bondit de sa chaise et enlace Lewis par la taille avant qu’il n’arrive à la table. Elle l’étreint et il la serre d’un bras tout en me regardant.

C’est sa petite amie dans ses bras. Pourquoi me regarde-t-il ? Maudits hommes.

— Zach, dit Nessa en déplaçant une casserole sur les plaques de cuisson. Je ne sais pas quoi faire avec ce poulet.

— On continuera plus tard, me dit-il. 

Zach sourit, ramasse les pièces d’une main et part prêter main-forte à Nessa en cuisine. Le sourire de Zach est amical. Pas torride ni lubrique. Un sourire pas compliqué, avenant. Attention, je ne dis pas que le regard de Lewis était lubrique. Il était… curieux. 

Je n’aime pas la curiosité. La curiosité éveille l’intérêt, qui mène à des choses que je préfère éviter.

Ça me perturbe que mon radar bipe en présence de ce mec. Il a une copine, et malheureusement, j’ai le chic pour attirer les hommes infidèles. 

Avoir une petite amie dans sa ville natale – ce qu’il a omis de mentionner – n’a pas empêché mon ex de me séduire, ou le copain de Cali de me proposer la botte, ou aucun des hommes que ma mère a ramenés à la maison d’avoir les mains baladeuses quand ils me serraient dans leurs bras.

— Débarrassez la table, les amis. Le dîner est prêt, clame Nessa. 

Elle sert des tortillas faites maison avec des morceaux de poulet épicé.

Zach prend une bière dans le frigo, suivi par Lewis. Il lui colle une claque dans le dos et me regarde d’un air interrogateur.

Le regard de Zach passe de Lewis à moi, puis il prend un ouvre-bouteille. 

— Gen est la copine de Nessa au travail, je l’entends dire en décapsulant sa Corona.

Lewis scrute mes traits comme s’il cherchait quelque chose.

C’est quoi son problème ? Il ne peut pas me dévisager comme ça. Sa copine est dans la pièce.

J’ai reluqué ses bras, et alors ? Ils étaient sous mes yeux ! Et plutôt sexy. Faites-moi un procès. Je ne me rappelle pas avoir déjà maté le corps d’un mec avant. Apparemment, les pensées lubriques surgissent avec l’âge. Mais les femmes louchent sur les mecs tout le temps. Vu le physique de Lewis, il devrait y être habitué.

— Assieds-toi à côté de moi, Gen. 

Nessa pose un plat de riz espagnol sur la table et tire une chaise près d'elle.

Je la rejoins avec la salade verte, puis je m’assieds.

— Ça a l’air bon, dit Lewis.

Sa voix, telle une lame soyeuse, me caresse l’ouïe et attire mon attention. 

Il se fourre un demi-taco dans la bouche pour prouver qu’il apprécie le plat, ou parce qu’il mange comme un ogre. J’observe la flexion de sa mâchoire carrée, les muscles épais de sa gorge, qui soudainement se figent.

Je lève les yeux. Il me regarde le fixer – un échange intense.

Qu’est-ce qui me prend ? J’aggrave mon cas.

Mira darde les yeux vers moi, et elle a l'air pire que furieuse. Elle déglutit et je jurerais voir de l’angoisse dans son regard.

Je mange un peu de riz pour faire saliver ma bouche sèche. Jamais je n'ai eu autant envie de m'échapper d'une situation que de ce dîner. Mon cœur palpite et mes joues ne descendent pas en dessous de mille degrés. Mes doigts, qui ne m’ont jamais fait défaut niveau adresse ou coordination, n’arrivent pas garder ce stupide riz sur la fourchette.

— Alors, t’es ici pour l’été ? demande Zach, sa jambe musclée m’effleurant le mollet tandis qu’il remplit énergiquement son assiette. 

La table à manger étroite style grand-mère, qui s’accorde au canapé en velours d’occasion et à la table basse au plateau en parquet des années 80 rend le dîner involontairement intime.

J’avale une gorgée d’eau et je me racle la gorge. 

— Je retourne à Dawson à l'automne pour faire des études de psychologie.

Mira fait une grimace à Zach comme si ça la contrariait qu’il ose attirer l’attention sur moi. Étant donné que j’ai envie de me cacher dans un trou de souris, je suis assez d’accord.

Mira s’appuie sur Lewis qui attaque son deuxième taco, alors qu’elle n’a pas encore touché à son assiette. Je croque une énorme bouchée de taco juste pour faire le contraire. Manger comme un oiseau pour rester ridiculement maigre, c’est nul – et de toute façon, je mange plus que la moyenne des filles, alors elle me fait juste passer pour une goulue. 

— Comment va ta mère ? demande-t-elle à Zach.

La main de Zach s’immobilise au-dessus de la salade, et sa poitrine se dégonfle. 

— Bien.

Son ton est plat, dépourvu d’émotion.

Je m’avance de quelques centimètres sur ma chaise. Mira a touché une corde sensible. Zach a l’air tellement gentil. À quoi joue-t-elle ?

Mira boit une gorgée, ses yeux caramel sont froids. 

— Qu’est-ce qu’elle fait en ce moment ?

Le regard de Zach devient méfiant. 

— Elle est toujours au centre de soins, et tu le sais très bien. 

Il jette un œil au taco qu’elle n’a pas touché dans son assiette et le pousse vers elle.

Pourquoi Mira parlerait-elle de sa mère ? Est-ce qu’elle essaie de le blesser… parce qu’il m’a posé une question ?

Nessa serre sa fourchette et observe Zach d’un air inquiet.

Lewis fronce les sourcils en direction de Mira. 

— T’as essayé ton nouveau paddle ? demande-t-il à Zach.

Le visage de ce dernier se détend.

— Un peu.

— L’activité est au ralenti en ce moment. Ça t’ennuie si je t’accompagne un jour ?

— Non, pas du tout. Quand tu veux.

Et juste comme ça, la tension retombe.

Pour que l’ambiance reste légère jusqu’à la fin du dîner, j’en profite pour bombarder Nessa et Zach de questions sur les sentiers de randonnées et de jogging. Mira n’énerve personne d’autre à table, surtout parce qu’elle est trop occupée à prendre la tête à Lewis dans une conversation animée que nous faisons tous semblant d’ignorer. J’en capte la plus grande partie, et j’imagine que les autres aussi. Des reproches comme qu’est-ce qui te prend et privé et cette fille planent au-dessus de notre discussion sur les sentiers de Tahoe.

Après le dîner, j’aide Nessa à débarrasser. 

— Je vais y aller, dis-je quand on a fini.

— Vraiment ? Si tôt ?

— Je ne suis pas encore habituée aux horaires de nuit.

— Oui, ça prend du temps. Qu’est-ce que tu fais demain ? Zach et moi, on organise un barbecue à l’anse Zéphyr. Tu devrais venir avec ta coloc.

— Oui, pourquoi pas. 

Elle me donne les détails et je remercie Zach pour le dîner. 

Mira et Lewis parlent à voix basse dans un coin tandis que je vais récupérer mon sac et mon manteau dans la chambre au bout du couloir. J’ai l’impression de filer à l’anglaise, mais je ne veux vraiment pas me mêler de leurs histoires.

Je ramasse mes affaires et repars vers la porte, tête baissée, en fouillant dans le puits sans fond qu’est mon sac pour trouver mes clés… et je me mange un mur.

Je chute, et sans la moindre élégance. Mon corps tombe sur le côté, la tête inclinée bizarrement, les bras empêtrés dans mon sac. Je vais me briser la nuque.

Des mains puissantes me relèvent, et je pédale pour remettre mes jambes debout.

La chaleur et l’odeur du savon et du bois coupé m’enveloppent. La peau hâlée d’un cou épais et musclé, avec un pouls qui bat à sa base, envahit mon champ de vision, avant qu’apparaisse le regard intense et énigmatique de Lewis. 

Mon rythme cardiaque passe du galop affolé à l’emballement palpitant et brouillon des premières minutes où Lewis est entré dans la maison.

Lewis scrute mon visage, d’abord avec inquiétude, puis ses traits se détendent et s’adoucissent. Lentement, ses yeux se promènent ailleurs, comme s’il en profitait pour m’admirer sans que Mira ou quelqu’un d’autre ne le censure. Son regard me caresse les cheveux, le front, le côté du visage, le menton, puis remonte jusqu’à la bouche, où il s’arrête.

Sa respiration devient audible. Ce qui m’a intrigué dans son expression toute la soirée devient clair. Quand il me regarde, ce n’est pas par curiosité (même s’il y en a un peu), mais pour tout autre chose. Quelque chose que je n’ai jamais vu si intensément, mais que je reconnais – ou que mon corps reconnaît, car ma poitrine se serre, mon cœur continue sa danse endiablée, et le feu s’engouffre dans ma colonne vertébrale, envoyant des frissons à tous les mauvais endroits.

Il penche la tête vers moi une fraction de seconde.

Est-ce qu'il va… ? Il n’oserait pas…

— C’était un plaisir de te rencontrer, dis-je dans un élan de panique, avant de me libérer des bras auxquels je m’accroche encore inconsciemment. 

Mais je ne peux pas aller plus loin. Pour une étrange raison, mes jambes refusent d’avancer.

La main qui m’enlaçait s’enfonce dans la poche de son jean. À part ce geste, il ne bouge pas. Son regard s’attarde de nouveau sur ma bouche.

Ma respiration se hache et je me lèche les lèvres, ce qui semble soudain être une invitation. Qu’est-ce qui me prend ?

Au lieu de réagir judicieusement et de détourner le regard, mes yeux se dirigent vers sa bouche comme en pilotage automatique, sans écouter l’ordre précis de déguerpir que mon cerveau envoie à tous les membres de mon corps.

Une cicatrice diagonale coupe le coin de sa lèvre inférieure, joliment dessinée, un accident dans un paysage par ailleurs parfait. Je ne peux pas détourner les yeux de cette cicatrice, dont une extrémité est en forme de crochet. Comment se l’est-il faite  ? A-t-il eu mal ? Est-ce que je sentirais la cicatrice si je collais ma bouche sur la sienne ?

Ses lèvres s’entrouvrent sous mon regard fixe et il bouge les pieds, réduisant la distance que j’ai mise entre nous.

Mon cœur bat si fort que des points m’embrouillent la vision. Il a une petite amie.

Je m’enfuis en trébuchant, mon épaule heurte le mur dans le couloir, des années d’athlétisme disparaissant à la vitesse de l’éclair.

Je jette un coup d’œil derrière moi avant d’ouvrir la porte d’entrée. Lewis me regarde, stupéfait.

Il ferme les yeux et se détourne.

Mes mains tremblent lorsque je ferme la porte derrière moi. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Ce n’était pas une attirance, c’était un truc de fou.

Une attirance dingue.

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⭐⭐⭐⭐⭐ « Des personnages réalistes et une écriture brillante qui donneront terriblement envie aux lecteurs de lire le prochain tome. » Avis de lecteur, Jamais avec un ami de ton frère

⭐⭐⭐⭐⭐ « … une romance addictive avec une touche de suspense. » ~ Avis de lecteur, Jamais avec un dragueur

⭐⭐⭐⭐⭐ « Mon livre préféré de la série. » ~ Avis de lecteur, Jamais avec ton ex 

⭐⭐⭐⭐⭐ « J’ai adoré ce roman ! Un équilibre parfait entre sex-appeal, humour et tendresse. » ~ Avis de lecteur, Jamais avec ton meilleur ami 

⭐⭐⭐⭐⭐ « Si ce livre était un laboratoire de chimie et Hayden et Adam une expérience, ladite expérience exploserait. » ~ Avis de lecteur, Jamais avec ton ennemi

Jules Barnard est une auteure à succès de USA Today dans les genres romance contemporaine et fantaisie romantique. Ses récits contemporains comprennent les séries Jamais avec lui et les Frères Cade. Elle écrit de la fantaisie romantique sous son nom de plume dans la collection Halven Rising que le Library Journal qualifie de « … nouvelle aventure fantastique passionnante. » Qu’elle écrive sur les hommes séduisants du lac Tahoe ou sur le monde féérique d’un campus universitaire, Jules nous délecte d’histoires captivantes, pleines d’amour et d’humour.

Quand Jules n’est pas en jogging en train d’écrire en se récompensant par des chocolats, elle passe du temps avec son mari et ses deux enfants dans leur petite ville natale sur la côte Pacifique. Elle a le super pouvoir d’être capable de lire en cavalant sur un tapis de course ou en brûlant le dîner.